Extraterrestre CA30 : La nouvelle société d'éco-consommation

par SilexA U’aielor dans Extraterrestre 22 avr. 2013 mis à jour 14 mars 1812 lecteurs Soyez le premier à commenter (partager)

La nouvelle société d'éco-consommation

Chronique publiée dans Carnets d'Aventures n°30.
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 Pour ceux qui douteraient encore, après la lecture de la précédente chronique de l’extraterrestre, que nous vivons une époque de prospérité, voici quelques chiffres de l’INSEE : entre 1959 et 2010, le montant moyen des dépenses des ménages français, et donc de leur pouvoir d’achat, a presque triplé (en tenant compte de l’inflation). Pendant la même période, la part des dépenses consacrées à notre alimentation a chuté de 21,5% à 13,4%. Une grande partie de nos revenus est désormais dédiée à des dépenses non contraintes, celles qui ne sont pas indispensables, comme notre téléphone portable, nos voyages, notre trottinette, etc. 

Aujourd’hui plus qu’hier, consommer veut donc dire avant tout choisir. La société de consommation n’est pas forcément synonyme d’aliénation de l’Homme, de domination des intérêts des grandes entreprises. Le consommateur exerce au moment de l’acte d’achat un pouvoir très important, qu’on pourrait même considérer comme supérieur à celui d’élire ses représentants politiques. Mais, comme pour le vote, pour exercer ce pouvoir en connaissance de cause, il faut commencer par réfléchir avant d’acheter.

Or, nombreux sont les consommateurs, quel que soit leur milieu social, qui n’utilisent absolument pas leurs capacités de réflexion quand ils font leurs achats. Soit ils achètent les produits les moins chers sans se demander pourquoi ils sont moins chers, soit ils laissent parler leur inconscient plutôt que leur raison, et dans ce cas-là c’est le produit vanté par la publicité à la télévision la veille ou porté par un athlète ou un acteur connu qui aura leurs faveurs, même si l’addition est salée. C’est ce genre de comportement très répandu qui peut donner l’impression que les grandes entreprises, en dépensant des millions dans des campagnes de publicité, peuvent influencer les actes des individus. Certaines entreprises souvent très lucratives, dans le domaine du luxe notamment, parviennent même à inverser à leur avantage la logique traditionnelle : « C’est cher parce que c’est bien » en « C’est bien parce que c’est cher ».

Il existe une deuxième catégorie de consommateurs : ceux qui réfléchissent avant d’acheter, mais en ne prenant en compte que leur intérêt personnel. Comme dans le dilemme du prisonnier, bien connu en théorie des jeux, ils préfèrent maximiser leur propre gain au détriment du bien-être collectif. C’est ce type de raisonnement qui mène certains consommateurs à acheter une grosse voiture par exemple : c’est plus polluant mais c’est plus confortable et surtout, en cas de collision, ils seront mieux protégés que le conducteur d’en face.

Au cours des dix ou vingt dernières années s’est développée une autre manière de consommer, plus responsable, plus citoyenne : il s’agit de prendre en compte les conséquences de nos achats pour la société en même temps que notre intérêt personnel, notamment en acceptant de payer un peu plus cher pour certaines bonnes raisons, par exemple :

  • Pour favoriser des modes de production plus respectueux de l’environnement : c’est le cas des produits bio, fermiers, artisanaux, compensés carbone, la plupart des produits AOC, etc. Non seulement ces produits (quand ils sont alimentaires) sont souvent meilleurs en goût et pour la santé, mais leurs modes de production à plus petite échelle, avec un cahier des charges environnemental strict, polluent aussi beaucoup moins que les modes de production industriels.
  • Pour mieux rémunérer les producteurs (agriculteurs ou ouvriers) : c’est le cas des produits issus du commerce équitable dans les pays en voie de développement, mais aussi de la grande majorité des produits entièrement fabriqués dans les pays développés. En achetant ces produits, le consommateur a la quasi-certitude que les producteurs sont correctement rémunérés, qu’ils ont une protection sociale, qu’aucun enfant n’a travaillé à la confection du produit, etc. Acheter français ou européen, ce n’est pas forcément être patriote, c’est surtout favoriser un mode de production socialement plus juste que les systèmes de production asiatiques où, globalement, les employés travaillent énormément pour presque rien.
  • Pour acheter des produits qui sont de meilleure qualité et donc vont durer plus longtemps. En multipliant par deux ou par trois la durée de vie de nos objets de consommation, nous utilisons moins de matières premières et d’énergie, nous réduisons donc notre impact sur la planète. Essayons au moins d’éviter les produits dont l’obsolescence est programmée : les articles électroniques dont les batteries sont hors d’usage au bout d’un an ou deux et qui sont hors de prix vendues séparément, certains appareils électroménagers conçus pour tomber en panne juste après la fin de la garantie… Malheureusement ils sont tellement nombreux qu’il est difficile de ne pas en acheter !

À tous ceux qui sont persuadés que le pouvoir dans le monde aujourd’hui n’est qu’entre les mains des grandes banques et des multinationales, regardez la croissance de la filière bio en France : 10% tous les ans depuis quinze ans (source : Agence Bio) ! Ce succès impressionnant dans un climat économique morose n’a pas été rendu possible par une campagne publicitaire efficace, mais grâce à une prise de conscience collective. D’abord le simple constat que dépenser un peu plus pour mieux manger est important (13,4% de notre budget total, c’est vraiment peu…), ensuite une réflexion citoyenne un peu plus complexe : mieux rémunérer nos agriculteurs pour que leur production soit de meilleure qualité et moins polluante est beaucoup plus intelligent que de leur acheter des produits à prix cassés dans des supermarchés discount et de les payer via nos impôts avec des subventions européennes.

Acheter des produits bio, recyclés, issus du commerce équitable ou fabriqués en Europe, consommer des énergies renouvelables, investir pour mieux isoler son logement, choisir sa prochaine tente : aucun acte de consommation n’est anodin, tous demandent réflexion et peuvent potentiellement faire évoluer le monde dans un sens ou dans un autre. C’est d’ailleurs l’un des objectifs des tests de matériel de Carnets d’Aventures : ne pas inciter les lecteurs à consommer plus, mais à consommer mieux.

Ne l’oublions pas, jamais notre « pouvoir » d’achat n’a été aussi élevé, dans tous les sens du terme. Utilisons-le intelligemment pour construire la société que nous aimerions léguer aux générations futures.

 

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