Extraterrestre CA 31 : Une forme de vie intelligente ?

par Extraterrestre SilexA dans Extraterrestre 12 oct. 2013 mis à jour 14 mars 505 lecteurs Soyez le premier à commenter (partager)

Une forme de vie intelligente ?

Chronique publiée dans Carnets d'Aventures n°31.
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Celle-ci je l’aime beaucoup, elle est bleue, ça me change des milliers d’autres qui sont toutes grises et mortes. Y habitent sept milliards d’individus d’une espèce très intéressante.
Entre eux, ils se font étonnamment peu de guerres. Après des milliers d’années passés à se battre il semblerait qu’ils commencent à apprendre de leurs erreurs. Le plus intéressant est ailleurs : ils ne sont pas comme des fourmis, ils sont sept milliards et tous, ou presque, voudraient être libres. Qu’est-ce que c’est la Liberté ? « La Liberté, c’est l’essence de l’Homme » répondent-ils.
Sur les sept milliards, plus d’un milliard vit dans une grande misère matérielle. Liberté pour eux est encore un mot abstrait, car s’il ne pleut pas assez pendant la saison humide, ils mourront de faim pendant la saison sèche.
Cinq milliards ne subviennent pas encore totalement à leurs besoins matériels mais ils en rêvent déjà : la Liberté pour eux, ce serait de pouvoir s’acheter un jour une maison et une voiture.
Le milliard restant vit dans des pays riches qui dominent le monde depuis la révolution industrielle. Ceux-là tiennent la Liberté en haute estime, même si, vu d’ici, ils semblent tous avoir à peu près le même mode de vie. Ces humains-là auraient tout pour être heureux mais ils sont nombreux parmi eux à déprimer parce que, pour la première fois depuis des siècles, ils n’ont plus de perspective d’enrichissement matériel devant eux : la croissance économique de leurs pays est définitivement atone. L’âge d’or de l’Occident semble terminé, ils ont peur de l’avenir.

On pourrait croire que ce n’est qu’une période de transition. Bientôt les pays développés perdront leur condescendance, ils accepteront de devenir des acteurs parmi d’autres sur la nouvelle page de l’histoire de leur planète. Les cinq milliards consommeront autant que le milliard de riches : les grands patrons de la planète ont compris depuis longtemps que les perspectives de croissance ne sont plus en Europe, mais en Chine, en Inde et en Amérique du Sud.
Et peut-être même que le milliard d’oubliés finira par avoir sa part du gâteau. Non par générosité, mais parce que quand tous les Chinois travailleront dans des conditions décentes, ils deviendront à leur tour les ouvriers à bas prix de la planète. Dans un siècle ou deux, tous les Africains auront une voiture par famille.

Ce scénario « idéal » ne se produira pas. La belle planète bleue, bien avant, nous réserve des surprises. Plutôt mauvaises les surprises, et pas vraiment inattendues : quand sa température moyenne aura gagné 4°C, vers la fin du siècle disent les experts du GIEC, ses forêts commenceront à devenir des savanes, ses savanes des déserts. En quelques siècles, soit un clin d’œil à l’échelle de son histoire, des mutations globales au niveau de la Terre et des cataclysmes pourraient réduire l’humanité à la situation où elle était des milliers d’années plus tôt : des clans qui ne communiqueront plus entre eux et qui se feront la guerre sans arrêt. Les fourmilières, elles, seront toujours aussi bien organisées.

Un autre avenir est possible. Un avenir avec une devise internationale où « Liberté » viendrait après « Fraternité » et « Planète Terre ». Un monde où l’Homme comprendrait enfin qu’un système politique international dominé par des états dont les élus ne sont que les représentants officiels des égoïsmes de leurs administrés ne fonctionne plus quand sa planète tombe malade. Que sans une instance dirigeante mondiale vraiment puissante qui dictera des lois environnementales à tous les pays de la planète, la belle histoire de l’humanité se terminera avec le grand coup de pied d’un géant invisible dans sa fourmilière.

Malheureusement les hommes d’aujourd’hui n’arrivent même pas à mettre de côté leurs libertés individuelles pour s’entendre au niveau d’un continent. C’est sûr désormais, depuis que des immenses réserves de gaz de schiste et de pétrole sous-marin ont été découvertes ces dernières années, le réchauffement climatique aura bien lieu, et dans des proportions très importantes. Les spéculateurs se préparent déjà à ses conséquences et calculent : s’il fait un peu plus chaud, il suffira juste d’être au bon moment au bon endroit pour en profiter. Les cyniques se disent que de toute façon, le début de la catastrophe ne sera pas pour eux, mais pour dans très longtemps, dans 50 ans. La majorité fonce dans le mur les yeux bandés car ils ont la tête ailleurs, il y a le feuilleton à 20 heures à ne pas rater, et le feuilleton ne parle que de chômage et d’insécurité.
Le milliard de miséreux, quand les océans envahiront les régions côtières où ils habitent, quand la sécheresse réduira à néant leur maigre subsistance, perdront le peu qu’ils avaient. Avoir un peu d’eau potable à boire chez eux sera plus que jamais un mirage, et pourtant ils seront les premiers à trinquer. 
Une minorité est bien consciente du problème : elle attend avec impatience que des élus prennent enfin des décisions courageuses, mais ces élus ne font rien ou presque car ils ont peur de ne pas être réélus s’ils font voter des lois impopulaires. Alors en attendant, ils plaident leur cause.

Et moi, petit silex à cheval sur la Grande Ourse, j’aimerais ne jamais pleurer un grand espoir déçu. Cette planète est la seule à des milliers d’années-lumière à la ronde où il existe une forme de vie que j’espère encore être intelligente.

SilexA

 

 

 

 

 

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