Extraterrestre CA 27 : L’ère de la croissance est terminée, indicateur autre que le PIB

par L'extraterrestre dans Extraterrestre 30 avr. 2012 mis à jour 14 mars 2657 lecteurs Soyez le premier à commenter (partager)

L’ère de la croissance est terminée

Chronique publiée dans Carnets d'Aventures n°27.
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Depuis le début du XXe siècle, toutes les économies du monde ont leur indicateur fétiche et leur graal : le PIB et sa croissance. Le PIB est la somme des richesses produites sur un territoire national pendant un an. Sa croissance est pour la plupart des économistes et décideurs du monde entier synonyme de progrès. Elle devrait être un moyen, elle est devenue un objectif, car la plupart des êtres humains sont encore convaincus que leur bonheur augmentera mécaniquement avec leurs richesses matérielles. Les nombreux messages publicitaires qu’ils écoutent ou regardent plusieurs fois par jour marquent leurs inconscients encore plus que leurs consciences rationnelles : la consommation d’objets matériels est devenue leur plus grande source de plaisir.
Bien sûr, dans des pays extrêmement pauvres comme le Burundi ou le Zimbabwe, où le PIB est inférieur à 200 $ / habitant, la croissance sera encore nécessaire pendant fort longtemps pour pouvoir donner à leurs habitants l’essentiel : un logement digne, une alimentation suffisamment riche et équilibrée, un accès aux soins.
Mais penchons-nous sur l’état des pays riches. Il y a croissance quand, dans un pays donné, il y a augmentation conjointe de l’offre et de la demande de biens et services. Dans les pays développés, l’offre pourrait encore beaucoup augmenter puisque la productivité des entreprises s’améliore tous les ans. Mais la croissance est atone depuis de nombreuses années dans ces pays car la demande stagne. « Les carnets de commande sont vides », entend-on souvent. En schématisant un peu, on peut dire que les plus pauvres aimeraient consommer plus mais n’ont pas d’argent pour le faire, les classes moyennes ont peur de l’avenir et préfèrent épargner, les plus riches consomment beaucoup (il suffit de voir les bénéfices géants de l’industrie du luxe) mais sont peu nombreux.
Quand la demande stagne, la croissance est nulle ou presque, et comme les états ne peuvent plus mettre en place d’ambitieuses politiques de relance à cause de leurs déficits publics gigantesques, il sera très difficile de sortir du cercle vicieux actuel. Au grand dam des politiciens qui comptent encore sur elle pour éponger une partie de la dette publique, l’ère de la croissance semble terminée, pour un certain temps au moins. Mais est-ce vraiment une mauvaise chose ?

La plupart des pays d’Europe Occidentale ont un PIB supérieur à 30.000 $ / habitant, ce qui serait largement suffisant pour que tout le monde vive bien si les richesses étaient mieux distribuées ! Les réductions d’impôt que la plupart des gouvernements des pays développés ont accordé aux plus riches pendant les dernières dizaines d’années ne vont pas du tout dans ce sens malheureusement. S’acheter une 2e Porsche ou une 3e résidence secondaire représente rarement la réalisation d’un rêve exaltant et posera beaucoup plus de problèmes de protection et de transmission du patrimoine qu’il n’en résoudra. Au-delà d’un certain niveau de richesses, l’argent ne fait pas le bonheur, bien au contraire. Pour maximiser le bien-être de la population d’un pays, le plus efficace est de répartir équitablement les revenus, en partageant le travail par exemple, sans bien sûr entraver les libertés fondamentales de chaque citoyen.

Une autre raison de ne pas trop s’attrister sur le destin manifestement funeste de la croissance dans les pays riches est de constater très simplement qu’une croissance infinie dans un univers où les ressources sont finies est totalement impossible. En cette première moitié du XXIe siècle, l’humanité semble être à un carrefour. Les dégradations des conditions de vie sur la Planète Terre sont importantes mais pas encore catastrophiques : le réchauffement climatique et la détérioration de nombreux écosystèmes commencent à faire réfléchir l’homme sur les défauts de son mode de développement actuel. S’il ne réagit pas rapidement, la fin des ressources en combustibles fossiles dans quelques dizaines d’années ne lui laissera pas le choix de toute façon. Il devra bientôt arrêter de produire et de consommer massivement des objets matériels qui ont une espérance de vie très courte.
La crise mondiale de 2009 aura eu au moins un effet positif : les émissions globales de carbone ont légèrement baissé cette année-là !
La croissance du PIB n’est donc pas forcément souhaitable dans le sens où elle entraîne presque toujours une plus grande dégradation de la planète Terre. Le PIB ne prend pas en compte ces dégradations de l’environnement, il ne reflète pas non plus les disparités de revenus au sein d’un pays, l’état de santé des citoyens, les conséquences positives du bénévolat pour la société ; par contre, il peut augmenter beaucoup à la suite d’une importante catastrophe naturelle… L’objectif de l’humanité ne devrait donc plus être la croissance ou même la décroissance du PIB puisqu’il n’est pas un paramètre fiable pour mesurer le bien-être présent et futur des êtres humains !

De nombreuses expériences sont en cours dans le monde entier pour élaborer des nouveaux indicateurs. L’indicateur canadien du mieux-être (ICMÊ) est probablement la tentative la plus aboutie pour mesurer la qualité de vie dans un pays. Il explore, grâce à de nombreux indicateurs, 8 dimensions différentes du bien-être des citoyens : le niveau de vie, l’éducation, l’environnement, la santé, les loisirs et la culture, le dynamisme communautaire, la participation démocratique et l’aménagement du temps.
Entre 1994 et 2008, le PIB canadien a progressé de 31%, l’ICMÊ de 11% seulement. La qualité de vie des Canadiens n’a donc pas crû au même rythme que l’économie nationale. Un des éléments qui ralentit sa croissance est le temps consacré par les Canadiens aux activités de loisirs et de culture, qui diminue au fil des ans, et la dégradation de l’environnement.
Prenons un exemple : Suzette, la trentaine, exerce depuis plusieurs années un métier peu enthousiasmant et s’apprête à réaliser un vieux rêve : elle va partir pendant 3 ans faire le tour du monde en trottinette. En chemin, elle va rencontrer des enfants dans des écoles, des malades dans des hôpitaux à qui elle racontera sa belle aventure avec des photos. Sa contribution au PIB mondial au bout des 3 ans est simple à calculer : elle est nulle. Un employeur un brin conservateur lui dira lors d’un entretien à son retour : « Mais vous n’avez rien fait pendant 3 ans ! ».
Analysons maintenant sa contribution au bien-être mondial avec une méthode plus fine que celle du PIB. Pendant 3 ans, Suzette a changé les idées et instruit les enfants et les malades qu’elle a rencontrés, elle a fait rêver les centaines de lecteurs de son blog et les milliers de lecteurs de son article dans Carnets d’Aventures, les magnifiques souvenirs et les expériences initiatiques qu’elle a vécues embelliront et changeront sa vie à jamais ; à son retour, elle sera plus épanouie et rendra ses proches encore plus heureux qu’avant… Il est facile de démontrer que sa contribution au bien-être global aura été beaucoup plus grande en partant en voyage qu’en continuant son travail !

Dans les prochaines décennies, le progrès reposera beaucoup plus sur des gains de qualité des biens et services que sur l’augmentation de leur quantité. Il est temps de faire descendre le PIB de son piédestal et d’utiliser d’autres indicateurs plus pertinents pour élaborer les futures politiques de développement de nos sociétés. Alors inventons l’IFMÊ !

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