Extraterrestre CA 22 : Grève positive, l'arme du peuple

par L'extraterrestre dans Extraterrestre 30 avr. 2012 mis à jour 14 mars 2141 lecteurs Soyez le premier à commenter (partager)

Grève positive

L’arme du peuple

Chronique publiée dans Carnets d'Aventures n°22.
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Utopia, archives historiques de l’an trois mil deux cent cinquante quatre.

Ce printemps-là, le gouvernement avait cédé, enfin.

Des mois que la contestation grandissait. Des mois que le peuple protestait contre la réforme générale du système d’activité que le gouvernement voulait mettre en place. Des mois que la grève nationale s’activait puis s’essoufflait, se réactivait puis s’essoufflait à nouveau.
Les dirigeants attendaient. Les grèves ne les ennuyaient pas vraiment, eux. Elles gênaient le peuple qui en était pourtant à l’origine. Paradoxe. Comment obtenir quelque chose par la pression si celle-ci n’est supportée que par soi-même ?
Le peuple lui-même finissait par en avoir assez. Il finissait par s’en prendre à lui-même !
Les professeurs aux conducteurs de trains qui ne les conduisaient plus, les conducteurs de trains aux éboueurs qui ne ramassaient plus les ordures, les éboueurs aux professeurs qui fermaient les écoles de leurs enfants, etc. Un cercle vicieux, un quiproquo entretenu par ceux que tout cela arrangeait…
Comme toujours alors, le mouvement s’essoufflait, et le peuple exsangue acceptait les réformes du gouvernement, ou plutôt n’avait plus la force de s’y opposer.

Mais pas cette fois.
Cette fois, le mouvement de contestation avait pris une autre forme. Ne plus provoquer négativement en refusant de travailler, mais provoquer positivement en travaillant autrement. Agir non plus en se pénalisant soi-même mais en visant les dirigeants. Un autre paradigme. Un mouvement qui, de constitution, ne s’essoufflerait pas. La grève positive !
Au lieu de refuser de faire marcher les trains et les bus, les conducteurs les conduisaient toujours mais ils le faisaient gracieusement. Ainsi les transports étaient-ils tous gratuits.
Les postiers étaient bien à leurs guichets mais ils ne facturaient plus l’affranchissement du courrier.
Les professeurs étaient bien présents dans leur classe mais ils n’enseignaient plus le programme scolaire aux élèves mais leur parlaient de changement et de révolution.
Les éboueurs ramassaient bien les poubelles mais les déchargeaient devant les institutions.
Les contrôleurs et les agents de circulation ne mettaient plus d’amendes mais distribuaient des tracts.
Les agents des impôts étaient bien présents à leurs bureaux mais ils déchiraient les chèques des contribuables.
Ceux de l’énergie faisaient de même et l’électricité était gratuite. L’essence aussi devenait gratuite : les chauffeurs routiers, au lieu de bloquer les raffineries et les dépôts, livraient gratuitement les stations qui, du coup, mettaient leurs pompes en libre-service.
« À tout moment la rue peut aussi dire non », le tube du groupe musical terrien Eiffel, remplaçait l’hymne national pendant les événements sportifs, et le groupe (téléporté là pour l’occasion) donnait gratuitement concert sur concert dans les stades nationaux et les salles communales dont les portes étaient ouvertes gratuitement par les employés municipaux.
La désorganisation était générale mais joyeuse, joyeuse mais générale.
De plus en plus de gens travaillaient gratuitement mais de plus en plus de choses devenaient gratuites… Tout se déréglait, l’État n’encaissait plus rien et ne contrôlait plus grand-chose.
Le mouvement n’allait pas s’essouffler de lui-même, et le gouvernement finit alors par le comprendre, et en prendre acte.
Il abrogea sa réforme et mit même en place celle demandée par le peuple.
Du jamais vu. La grève positive avait fonctionné…

L’Extraterrestre

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